Le Nord-Pas de Calais ne peut éluder l'impact des fonds que l'Union européenne a versé, et verse toujours, en faveur de son développement. Ses habitants, sans en avoir sans doute une conscience parfaite, perçoivent pourtant bien la réalité de l'Eurodistrict métropolitain, par exemple. Mais ils sont, dans le même temps, 52 % à voir plus de différences de valeurs que de similitudes entre pays européens.
La politique face aux citoyens européens
De bon augure pour le débat (1) ? Certes. Mais Michel Rocard, ancien 1er ministre et actuel député européen, n'affiche pas un optimisme à toutes épreuves, évoquant "actuellement, une phase de construction inquiétante. L'Europe politique est morte ! Et ce à cause de ratages initiaux comme l'impératif d'unanimité des votes (2) ou l'intégration de la Grande-Bretagne. Le blocage du budget à 1 % du PIB des pays-membres n'est pas plus encourageant". Bronislaw Geremek, député européen polonais, membre fondateur de Solidarnosc, symbolise et défend, lui, "la réalisation d'un rêve, celui de la paix et de la solidarité entre l'ancienne Europe et les nouveaux entrants". "Un élargissement signe de partage" complète Martin Hirsch, le Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, même si "de la paix à la solidarité, c'est un grand pas à construire qui prend du temps !" Du temps, et de l'investissement. Ex-journaliste vedette en Italie et désormais députée européenne, Lili Gruber entretient "la poursuite de l'union des forces au sein de l'UE". La question de la communication sur l'Europe semble plus prégnante que jamais : "Savoir expliquer la mécanique de cette machine de 27 pays reste une difficulté, le Référendum sur le Traité constitutionnel en France l'a prouvé".
L'Europe des 27
Construire cet ensemble constitue néanmoins, comme l'entrevoit le designer Philippe Starck, "une métamorphose nécessaire pour ne pas être cuit face à la concurrence mondiale". "Il faut apporter une réponse de vitalité européenne face au reste du monde" formule, lui, le vice-président de la chaîne Arte Gottfried Langenstein. Comment ? "En intégrant des jeunes députés européens, en rendant l'Europe concrète et non une simple technocratie" avance Rama Yade, Secrétaire d'Etat chargée des Affaires étrangères et des Droits de l'Homme. Bonne nouvelle, l'ensemble progresse toutefois. Le programme Erasmus ou encore Galiléo en sont les têtes de pont. Le parallèle expliqué par Xavier Darcos, Ministre de l'Education nationale, est peut-être le plus flagrant : malgré deux guerres, la France et l'Allemagne viennent de s'entendre en écrivant un livre scolaire d'histoire en commun. Tout un symbole.
Le retour du politique
Il reste donc beaucoup de (bon) pain sur la planche européenne. Surtout à l'heure où la France s'apprête, dans un peu plus d'un mois et demi, à assumer la Présidence de l'Union. Car c'est "avec l'ambition, assure Jean-Pierre Jouyet, Secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, de marquer le retour de la politique en Europe".
(1) Six ateliers étaient prévus concernant la mobilité des jeunes, l'enseignement supérieur, le manque de communication sur l'Europe, la culture européenne, la mémoire commune, l'internet comme vecteur d'identité.
(2) J-P. Jouyet se veut, lui, plus optimiste sur ce point avec l'extension de votes à la majorité depuis le Traité de Lisbonne.